Féérie pyrénéenne: lever de soleil sur la face nord du Vignemale.

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dimanche 6 septembre 2009

05-09-2009 ARETE NORD OUEST DU GABIETOU ORIENTAL, TAILLON, DOIGT DE LA FAUSSE BRECHE

Samedi 05 septembre 2009

GABIETOU ORIENTAL
PAR L'ARETE NORD OUEST (AD)
TAILLON
DOIGT DE LA FAUSSE BRECHE (AD-)
Avec Cyril Renailler
Vendredi 04 septembre:
21h30, arrivée tardive à Gavarnie, nous montons au col des Tentes dans la purée de pois nocturne, installation de la tente sous la bruine et au lit en vitesse. La nuit est ponctuée jusqu'assez tard, par l'arrivée d'espagnols qui se croient à la maison. Résultat, nuit bien peu reposante pour moi, Cyril comme d'habitude à peinne allongé s'endort comme une masse.
Samedi 05 septembre:
6h réveil, 7h départ. Nous allons au Gabiétou, mais par quel chemin? Au port de Boucharo, en empruntant le sentier de la brèche de Roland, l'arête ouest (itinéraire 207 du guide Ollivier Cauteret-Vignemale-Gavarnie réédition 1996) est éliminée. Nous partons au pied de la face nord du Taillon, direction la corniche Passet (itinéraire 204) qui s'élève vers le glacier des Gabiétou. Puis, finalement, éliminant la vire et la face nord du Gabiétou (it. 205), nous repartons plein ouest dans le pierrier pour aller à la brèche des Tourettes au pied de l'arête nord ouest (it.206). Là au moins, nous n'avons plus à chercher ou aller : il n'y a plus le choix.

En long ou en large...

Fraîche et rapide montée au dessus d'une mer de nuage somptueuse sous l'éclairage matinal. Nous progressons sur un névé dur ou nous sortons piolets et crampons, puis un bref couloir croulant et une petite dentelure nous dépose à la brèche.

Du grand spectacle ce matin à Gavarnie... L'arête nord ouest du Gabiétou oriental
A gauche du sommet des Tourettes, la brèche et le départ de l'arête

Cyril arrive à la brèche

Encordement. Nous sommes partis avec un seul brin de la corde à double (bien remise du couloir de la Fourche à l'Ossau après son lavage en machine, voir message de la semaine dernière), donc les longueurs ferons 30m maxi aujourd'hui.
9h passées, un départ déversant en mauvais rocher (IV) finit de me réveiller, avant de continuer à m'élever au dessus de la brèche. Le rocher est plus qu'à surveiller. Relais sur friends. Je continue, traversée sur la gauche, rocher toujours aussi peu sûr, j'arrive en bout de corde au milieu d'une dalle. Ni sangle, ni friends, ni coinceurs ne peuvent servir, mais aujourd'hui...comme j'ai prévu de grimper sur le Doigt, et que je ne sais pas s'il y a un relais pour en redescendre, j'ai jeté mon marteau et trois clous dans le sac. Ca tombe bien, les voilà qui trouvent leur utilité plus tôt que prévu. Relais sur deux pitons (moyennement enfoncés histoire de les récupérer). Après, Cyril passe devant, et nous continuons en corde tendue sur un terrain moins raide, plus franc, agrémenté d'armoises laineuses (génépi).

Dans le terrain à génépi

Nous revenons vers l'arête, puis repartons sur la gauche. Je repasse devant, rochers plus raides à nouveau, mais bien plus sains, quelques jolis pas, avant de rejoindre sur le flan oriental une succession de vires.

Sur l'arête

C'est un jeu amusant que de les suivre, elles strient la face, sont peu raides, mais versent légèrement sur la face. Elles sont recouvertes de cailloutis peu sûrs, mais les rochers qui les bordent offrent de bonnes prises. Tantôt en ascendance vers la droite pour revenir vers le fil de l'arête, tantôt en ascendance vers la gauche, nous nous élevons ainsi, quasiment tout le temps en corde tendue.
Cyril dans les vires ascendantes du Gabiétou
Nous rejoignons une brèche, Cyril repart devant, surmonte un joli passage en adhérence, passe une nervure, avant de rejoindre une nouvelle vire à flanc. Je la remonte ensuite, elle aboutit à une brèche dont l'accès est défendu par une petite cheminée déversée. Joli passage.

Dans la partie finale sur l'arête nord ouest du Gabiétou occidental

Au delà, par des rochers faciles et un pas de ci de là, nous parvenons aux anneaux à la cime du Gabiétou oriental (13h). Accolade, puis nous posons les sacs et faisons l'aller-retour au sommet occidental, plus élevé. A 13h30, pause repas avant de descendre brièvement sur le col des Gabiétou (15h). 35 mn de remontée nous déposent au sommet du Taillon. Nous ne nous y arrêtons pas, et 15mn après, nous sommes au pied du Doigt de la Fausse Brèche.

Du Gabiétou occidental, vue sur le sommet oriental et le Taillon

Depuis un jour funeste de juillet 1992, ce n'est jamais sans une certaine émotion que je repasse dans les parages. Ce jour là, fuyant le sommet du Taillon sous un orage aussi soudain que violent, à quelques mètres de nous, un jeune allemand de 18 ans mourrait foudroyé. Johannes Schmidt avec d'autres personnes dont sa mère, son frère et sa soeur, s'était réfugié dans la petite grotte s'ouvrant au pied du versant nord du Doigt. La foudre, en le frappant, avait fait exploser le sommet, avant de suivre probablement une fissure interne dans la roche du monolithe, de traverser la grotte et d'en rejaillir en boule de feu se perdant dans le néant. Quelques instants avant le drame, bien conscient du risque potentiel que représentait cet abri -qui pouvait cependant avoir une allure providentielle dans cette furie -, nous nous étions, avec le groupe de jeunes que nous accompagnions alors, réfugiés un peu plus loin, sous les premiers remparts du pic Bazillac.
Les parents de Johannes Schmidt étaient revenus à Gavarnie pour fêter les 18 ans de leur fils ainé, qu'ils avaient conçus lors d'un séjour sur les lieux. C'est dans ces même lieux qu'ils le perdirent à jamais."La brèche de Roland" avec Mathieu Almaric, le film des frères Larrieu, réalisateurs tarbais, est, paraît-il inspiré de cette histoire. Une plaque commémorative a été scéllée au pied du Doigt, sur la gauche de la grotte. J'avais 21 ans, j'ai mis longtemps avant de revenir au Taillon...

In Memorian Johannes Scmidt
Les chaussons d'escalade sont restés accrochés au sac sur la nord ouest du Gabiétou, je les enfile avant de m'élever dans la cheminée verticale à gauche de la grotte. 25m et quelques friends plus haut, j'arrive au sommet. Petite escalade amusante AD-, rocher médiocre dit le guide Ollivier (it. 214). Mais finalement, le rocher est quand même acceptable (III+). Il y a un relais équipé, mais les sangles me semblent dater un peu, je préfère en passer une en plus autour d'un gros bloc posé sur le replat sommital. Petit tour au sommet, pause photo, puis descente en moulinette.
En 1887, pendant que François Bernat-Salles dormait "philosophiquement" au pied du Doigt, Henri Brulle, Jean Bazillac et Célestin Passet avaient quant à eux employé 3h à en réussir la première ascension, par ce même itinéraire. Après cela Henry Russell s'exclamait avec malice, en désignant son ami Brulle : "Il a monté le Doigt de la Fausse Brèche, il a monté le Doigt de la Fausse Brèche!" (voir Brulle Henri, Ascensions, Sirius 1986, II, p.16).

Au sommet du Doigt, devant le pic Bazillac. Sur la gauche, la cheminée d'ascension.

Cyril part à son tour, mais la corde ne coulisse pas, on bataille pas pendant des heures, finalement je tends la corde, puis il monte avec un noeud de Prussik, récupère la sangle et redescend en rappel sur le relais.

Cyril dans la cheminée du Doigt

17h sonnantes, sacs bouclés, on file au triple galop, passons à la brèche de Roland et au refuge des Sarradets sans nous arrêter. A 18h10, nous sommes revenus au col des Tentes. C'est qu'on est attendu à la grange de Holle pour 19h. Nous arrivons même avant, ça change du we dernier...

mercredi 2 septembre 2009

30-08-2009 PETIT PIC DU MIDI D'OSSAU ARETE DE PEYREGET ET COULOIR DE LA FOURCHE

AU PETIT PIC DU MIDI D'OSSAU
PAR L'ARETE DE PEYREGET (ADinf)
ET
REDESCENTE
PAR LE COULOIR DE LA FOURCHE
(Abo, plus jamais ça!)
Dimanche 30 août 2009 avec Cyril Renailler

Dernière pente de neige déposant en haut de la Grande Raillère
Cyril sort de la rimaye de base
Auto-photo dans la rimaye
Pré-lavage des bonhommes
et de la corde!
Rappel 5, Cyril prends le frais...
Rappel 4, que du bonheur
Rappel 3 dans le couloir
Rappel 2 sous la Fourche
Rappel pour rejoindre la Fourche
Cyril au sommet
Le profil de l'éperon NO de la pointe de France
Ombre de Jean-Pierre au pied de la face nord, lac de Bious-Artigues
Cyril à la sortie des brèves difficultés de l'arête de Peyreget
Lever de soleil sur les sommets de la vallée d'Aspe
Pointes d'Aragon et Jean Santé
Petit et Grand pic du Midi d'Ossau (Jean-Pierre), pointe d'Aragon
Jean, le Grand pic du Midi d'Ossau, au premières lueurs
Pierre, le Petit pic du Midi d'Ossau et l'arête de Peyreget


Nous n'avons pas poursuivis jusqu'à Jean hier, mais nous irons jusqu'à Pierre aujourd'hui.
Dans les familles ossaloises, il était autrefois de tradition de prénommer le premier garçon (l'aïnat, le plus grand), Jean, puis le second, Pierre. C'est de cette coutume ancestrale dont est issue l'appelation que tous les pyrénéistes utilisent pour désigner, avec tout l'attachement et même l'affection qu'ils lui vouent, le pic du Midi d'Ossau: Jean-Pierre.

Levé plus matinal encore qu'hier, car à 17h, Cyril doit être au casino des Eaux-Bonnes pour le démontage de sa belle expo photo.

8h15, 35mn viennent de nous déposer au col de Peyreget mais nous y passons 3/4 d'h à regarder le soleil enflammer l'Ossau.

9h, grimpette sur des pentes herbeuses avant de récupérer l'arête, nous suivons les cairns, qui évitent tous les gendarmes. Finalement, seul un petit passage sur la fin dans une cheminée nécessite un peu d'attention (III), ainsi que les quelques dizaines de mètres qui suivent. Au dessus, terrasse avec carrément un spit pour assurer (il est vraiment en trop celui-là, faut l'virer).

11h15, nous voilà assis au sommet de Pierre, nous passons là un bon moment à regarder ceux qui arrivent sur Jean, ou qui s'engagent dans la traversée.
11h45, on repart, cheminée, puis rappel pour rejoindre la Fourche. Quelques pieds de renoncule des glaciers et de génépi avant d'y parvenir.
J'avais un souvenir de 10 ans du couloir de la Fourche. Je l'avais gravit alors en hiver, seul, faisant l'aller retour au petit Pic...et mon souvenir n'était pas marqué de difficulté particulière.

Entre relais perchés à 15m sur des murs lisses, entre la pieraille, le névé en bas (20 m d'épaisseur) -une fois dessus, une fois dessous -, la rimaye, la caillasse ne demandant qu'à descendre plus bas, l'eau, les rappels déversant, et tout le reste, il est 16h30 lorsque nous nous arêtons pour manger au pied du couloir, 350m plus bas, enfin à l'ombre sur une terasse herbeuse.

Nous, autant que nos sacs, habits, la pauvre corde, bref bonhommes et matériels sont dans un état de saleté pitoyable. Bien imbibés de terre et d'eau.

Descente de la Grande Raillère au galop-dérapé, canette au refuge, mais ça s'fait pas en été ça! me dit Karine, pliage du bivouac, 45mn du refuge à la voiture, brin de toilette, arrivée aux Eaux-Bonnes à 19h20.
Pour ceux qui ne sont pas convaincus que la physionomie de la montagne pyrénéenne change radicalement entre hiver et été, faites (ou plutôt ne faites pas) comme moi : le couloir de la Fourche en hiver (PD+, belle pente de neige uniforme, assez large, avec un court ressaut à 50°, même les surfeurs le montent pour le redescendre en planche), et descendez le en été (j'insiste, faut pas le faire, c'est dangereux).
On a eu Pierre? Il nous a bien eu lui aussi.
Résultat, lavage intégral de la corde - et du reste - en rentrant sous la douche...froide.

lundi 31 août 2009

29-08-2009 POINTE JEAN SANTE (OSSAU) - COULOIR POMBIE-PEYREGET (Dinf)

Pointe et brèche Jean Santé, couloir Pombie-Peyreget
Pointes Jean Santé et d'Aragon
Matin brumeux
Cyril arrive à R2
Beau perchoir pour admirer le paysage
Moi aussi je fais la pause photo
Sous le grand suplomb du couloir
Cyril arrive à R4
A la sortie des vires déversées
Cyril dans L5 sous le grand bloc
La pointe d'Aragon
Au sommet Plein gaz sur Pombie
La Grande Raillère vue du sommet
Plaque commémorative et guides (Ollivier, Dupouey, Passages Pyrénéens)
Cyril dans la brèche Jean Santé
Rappel dans le couloir
En rappel au dessus des Vires


A LA POINTE JEAN SANTE
PAR LE COULOIR

POMBIE-PEYREGET

(Dinf)

Samedi 29 août 2009 avec Cyril Renailler

Au dessus de la muraille cuivrée de Pombie, la quatrième pointe de Jean-Pierre me faisait rêver depuis longtemps. Lieu de haute lutte avec les parois parmi les plus difficiles de l'Ossau et des Pyrénées, depuis plus de 80 ans, la pointe Jean Santé a opposé sur ses flancs, éperons, faces, gendarmes, aiguillettes et couloirs, de redoutables défenses aux plus grands pyrénéistes d'avant garde.

Jean Santé bien sûr, son premier vainqueur, Robert Ollivier, Marcel Cames, François Cazalet, Roger Mailly, Marcel Jolly, Joseph Simpson, André Brives, André Armengaud, Jean et Pierre Ravier, Marcel Bernos, Jacques Soubis, Hervé Butel, Jean-Louis Pérès, Louis Audoubert, Robert Mizrahi, Jean Oscaby, Raymond Despiau, Francis Tomas, Rainier Munsch, Dominique Julien, Bernard Prat, Michel Fabbro, Tony Bedel, Michel Boulang, Jean-Claude Coste, Serge Castéran, Jérôme Thinières, Rémi Thivel...pour ne citer qu'eux (et j'en oublie beaucoup...), chacun à leur manière et dans une progression d'ensemble pouvant parfaitement illustrer l'évolution du pyrénéisme de difficulté - tant estival qu'hivernal - sont venus écrire tour à tour une page dans l'histoire de la conquête de cette pointe. La muraille de Pombie, les splendides parois sud et sud-est, les couloirs Pombie-Suzon et Pombie-Peyreget ont fait de la pointe Jean Santé un des plus haut lieu du pyrénéisme de difficulté.

Cet hiver, lors d'une conversation avec mon ami agenais Silvio Trévisan, nous évoquons la sud-est de la Jean Santé. Je lui parle de Louis Franchéo qui participa le 30 août 1953 (avec M. Bernos, M. Cazenave et M. Jolly) à la 3ème ascension de la voie originale (TD V+) ouverte les 7 et 8 mai 1953 par A. Armengaud et Jean Ravier. Et Silvio, me disant qu'il est encore viviant et qu'il le connait, de me proposer de le rencontrer, Louis habitant au nord du Lot et Garonne, à une heure de route d'Agen. Rendez-vous fut pris, et c'est ainsi qu'à Pâques, avec Silvio, nous sommes allés rendre visite à Louis Franchéo.

Visiblement heureux que l'on vienne l'interroger et l'écouter sur une période de sa vie ou il fréquenta les plus grands pyrénéistes (et même alpinistes), l'homme, malgré ses 87 printemps, n'en garde pas moins une grande précision dans ses souvenirs. Et avec une verve certaine, l'après midi se déroulant dans ce coin de campagne à l'extrémité nord du département, nous avons écouté Louis Franchéo nous faire part du souvenir de ses escalades pyrénéennes ou alpines, en évoquant des figures connues : André Brives (son parrain d'escalade), Beroy (Marcel Jolly)... et les moyens d'époque de l'escalade artificielle (! no comment !).
S'interrompant un moment, Louis m'entraina dans son atelier (ou il réalise de magnifiques vitraux peints), et ouvrit une superbe boîte de sa fabrication, incrustée d'une multitude de cristaux translucides. Elle en renfermait d'autres, plus gros et bien plus beaux encore, d'une pureté absolue. Lorsque Louis me demanda si j'avais une idée d'ou ils provenaient, je lui répondit que je n'en savais rien. Alors, je lui ai laissé le plaisir de m'apprendre (je m'en doutais un peu quand même) que ces joyaux de verre étaient en fait du quartz, et qu'il les avait arraché -marteau aidant avec délicatesse - à la paroi lors de son parcours de la sud-est à la pointe Jean Santé. Raison de plus pour y aller...

Vendredi 28 août 2009, 21h30

Nous quittons les alentours du col du Pourtalet. Il fait nuit, et de plus un épais brouillard a envahit les lieux. La visibilité ne dépasse pas le faisceau de nos lampes. Qu'importe, nous partons sans inquiétude, traversons le torrent et trouvons le chemin connu montant en lacets au col du soum de Pombie. Ce faisant, nous croisons trois espagnols casqués, rentrant de la voie normale, qui nous informent qu'il faut trois heures pour relier le refuge. Mais bien sûr... Nos sacs bien fermés ne laissant rien deviner de nos intentions, on a Cyril et moi l'impression qu'ils nous prennent pour des neu-neu. M'enfin, 1h après avoir quitté le macadam, nous plantons rapidement et discrètement la tente sur l'aire de bivouac proche du refuge, puis nous endormons le plus vite possible.

Samedi 29 août 2009, 7h30

Dring, à 8h15, après avoir salué Karine au refuge, nous quittons les vertes pelouses pour remonter la Grande Raillère. A 9h, nous sommes au pied de la voie des Vires. En nous harnachant, je me rends compte que les dégaines sont restées dans le coffre. Tant pis, on fera sans. 9h40, nous commençons à monter sur la première vire, et parvenu sur la terrasse herbeuse, sous le couloir Pombie-Peyreget (souvent utilisé comme itinéraire de descente de la pointe en rappel), je consulte mon guide Ollivier. Je voulais au départ gagner la Jean Santé par la voie des Vires, puis la pointe d'Aragon par le couloir Sanchette avant de suivre l'arête jusqu'au sommet. Mais là, changement de programme, je décide Cyril à me suivre pour gravir le couloir Pombie-Peyreget (itinéraire 214 du guide Ollivier Aspe-Ossau, ou 79 du guide Dupouey).
Quittant les Vires, nous franchissons (L1) sur la gauche un court ressaut (III+) et suivons une banquette herbeuse incliné allant en se redressant jusqu'à la base du couloir (II). Guide Ollivier en main, je pense suivre l'itinéraire indiqué. Je m'engage aussitôt plein axe, dans une cheminée rébarbative, dans laquelle je bataille ferme. Au bout d'un (long) moment, Cyril me suggère d'ouvrir le guide. Après consultation, redescente. 1h de perdue. Je m'élève alors plus sur la droite dans une fissure, avant de surmonter un dièdre court mais déversant (1 piton en place à sa base) en posant friends et coinceurs (IV). Au dessus, une autre fissure fait suite, je l'escalade (III+) avant de rejoindre une dalle déversée sur le vide. Je la traverse sur la droite (II, 1 piton en place) sur une dizaine de mètres avant de remonter légèrement (R2). Cyril ne tarde pas à suivre. Au delà, par un cheminement plus facile (III), en contournant sur la gauche un bloc monumental, nous reprenons pied dans le couloir (L3).

L'endroit est austère, dominé par un surplomb impressionnant. Relais sur la gauche du couloir (R3). Je le traverse avant de m'élèver sur un court mur vertical (IV). Il donne accès à une petite vire déversée, surplombée par des blocs. La progression n'est pas difficile, mais exposée. Protection sur friends. Je suis la vire, franchit une nervure qui me permet de gagner une seconde vire. Un peu plus large, je la remonte (un piton en place), puis rejoint une terrasse d'éboulis sur laquelle j'installe le relais (R4). D'ici, la vue est des plus impressionnante sur les parois de la pointe qui plongent directement sur la Grande Raillère.
Cyril passe devant (III) et s'élève sur la gauche jusqu'au pied d'un grand bloc. Malgré le guide, il ne sait pas trop ou aller. Je l'y rejoint (R5). Après consultation détaillée, je continue toujours sur la gauche et arrive au pied d'une fissure dominée par une lame rocheuse (1 piton à la base). Je surmonte tant bien que mal cette fissure suivie d'un dièdre (IV malcommode), mon plus gros friend (le n°3) y nageant royalement (faudrait peut être s'équiper d'un n°4). Au dessus, quelques blocs faciles suivent, j'installe un relais sur sangle (R6). Quand Cyril me rejoint, je regagne sans difficulté le fond du couloir (II). Relais sur bloc à nouveau (juste au dessous, il y a un des relais équipé pour redescendre en rappel). La brèche Jean Santé est en vue, Cyril la gagne par une pente d'herbe et de rocaille (II).

En y parvenant, c'est une vue saisissante qui s'offre soudainement à nous sur les abîmes du couloir Pombie-Suzon. En corde tendue, nous finissons l'ascension (II) de la pointe Jean Santé.

Et c'est avec une joie teintée d'une émotion bien particulière que nous parvenons au sommet de cette dernière.

Près du cairn sommital, je découvre la plaque déposée par le GPHM à la mémoire de Jean Santé, qui fût le premier à en fouler la cime le 4 septembre 1927. Il utilisa pour y parvenir, aidé par Charles Fraisse et Roger Cazabonne, un rappel depuis le sommet de la pointe d'Aragon. La plaque commémorative, bien que fendue en deux, délivre toujours son message de souvenir :

A

JEAN SANTE
MORT AU CHAMP

D'HONNEUR

LE 25 JUIN 1940

LE GROUPE

PYRENEISTE DE

HAUTE MONTAGNE

Repas, séance photo (le guide Ollivier avec le Dupouey et Passages Pyrénéens - rien que ça, dès fois qu'on aurait eu du mal à trouver le sommet - à coté de la plaque, composition d'altitude), tandis qu'à l'aplomb du sommet, des cordées sortent des voies sud-est. L'impression produite, avec les éboulis concentriques de la Grande Raillère, les paturages, le lac et le refuge de Pombie, est des plus spectaculaire. En toile de fonds, les grands sommets pyrénéens (Telara, Enfer, Frondella, Balaïtous, Fache, Vignemale, Pallas...) complétent la vue et lui donnent une dimension de tout premier ordre (comme quoi il n'y a pas qu'à 3000m que...).

Au sommet, brillant sous le soleil, je trouve beaucoup de petit blocs renfermant des cristaux, et je ne peux m'empêcher d'en glisser quelques uns au fond du sac. Même s'ils sont bien moins purs que ceux que m'a montré Louis Franchéo, ils feront toujours un heureux souvenir.
15h30, même si la journée est magnifique, c'est un peu tard pour rejoindre la pointe d'Aragon puis le grand pic. A regret, nous quittons cette pointe pour revenir à la brèche Jean Santé.

Nous redescendons le haut du couloir Pombie-Peyreget avant d'entamer la descente intégrale de ce dernier par une série de grands rappels (tous les relais sont équipés).

Retour sur les vires puis au pied de la paroi avant de redescendre les blocs et éboulis de la raillère. 21h30, à la nuit tombante, nous repassons au refuge avant d'aller préparer la popote et de se coucher.
Demain sera un autre jour...
celui du Petit Pic (à suivre...).

jeudi 27 août 2009

24-08-2009 RAISON D'OURS A LA MURAILLE SUD DU RAMOUGN

A la sortie de la voie (L4)
Cyril dans L3
Cyril arrive à R3

Cyril dans L2
au dessus du surplomb

Raisin d'Ours à la muraille sud du Ramougn
Lundi 24-08-2009 avec Cyril Renailler

Voie Dinf équipée en 08-2005 par H. et F. Dedieu, J.-F. Loaec, P. Pellarey
Pour le topo voir:
http://www.remi-thivel.com/topos/nouveautes/pages/ramougnraisinours.html

Hier, en redescendant du Turon, petit arrêt au bistrot préféré de Cap-de-Long au Garlitz.
On sait pas trop ou aller le lendemain, et comme je n'ai pas le topo de Raisin d'Ours, Pascal Ravier, se charge de nous le faire. Comme ça on sait ou aller...
Donc, lundi 24 août, remontée vers les terrasses, arrêt au premier couloir de la muraille.
On trouve pas le spit de L1, mais Cyril part quand même (III+ herbeux) et récupère R1 un peu plus à droite (2 spits).
Je repasse devant pour L2, et après divers démélés (il y a une voie avec un spit sur la gauche, mais c'est pas la bonne, moins équipée et plus dure) et une redescente sur un maillon rapide vissé sur un spit, Cyril repart dans L2 (un pas de V-, court surplomb) en suivant la ligne bien spitée (quelle évidence). Relais sur un spit et un friend. Je suis en récupérant mon maillon à moi.
Je poursuis dans L3, un court surplomb (un pas de V) puis belles dalles (IV+), R3 sur deux spits.
Cyril repasse devant, traverse sur la gauche puis s'élève verticalement (IV+) sur un court mur avant de trouver un autre relais par des dalles (IV). Normalement, c'est R4, mais comme on a une corde de 60m, il estime pouvoir sortir directement. Beaux rochers (IV+), petit dièdre lisse (V) puis blocs noirs (IV), et Cyril sort sur la crête des Laquettes, avant que je le rejoigne. Repas, passage au Pas du Gat et retour au bistrot.
Jolie voie pour jour de flemme (moins belle que Flagrant délice ceci-dit), rocher irréprochable, belles perspectives sur Cap de Long, équipement parfois espacé (donc prévoir quand même les friends en plus de 5 dégaines).

mercredi 26 août 2009

23-08-2009 TURON DE NEOUVIELLE FACE EST (Dinf)

Juste avant de parvenir au sommet
Cyril en visite dans les jardins suspendus du Turon,
en direction de l'arête terminale
Sortie de L3
Piton d'époque dans la longueur du rateau de chèvre
Cyril arrive à R2

Au Turon de Néouvielle par la face est directe (voie Ravier 1963)
avec Cyril Renailler

Si le premier 3000 vaincu aux Pyrénées en 1787 par Reboul et Vidal avec Guicharnaud est d'un accès très débonnaire par son versant nord du bassin de la Glère, il en va autrement des parois qui dominent le lac et les terrasses de Cap-de-Long. Cyril enfin revenu de son Tadjikistan, redescend donc de 2000m de dénivellé. Nous optons pour la voie directe ouverte en face est du Turon, par Jean et Pierre Ravier le 20 octobre 1963. Ce jour là, ils fêtaient leur trentième anniversaire, et non content de déflorer cette voie, ils réalisèrent le même jour une première sur le pène Esperracade, sous le pic Méchant. Chacun son cadeau!

Nous partons à 6h15, remontons le chemin connu de la brèche de Néouvielle avant de filer sur les terrasses. J'abandonne les bâtons et mes chaussures (j'ai pas envie de trimbaler mes Super-guide dans le sac) au milieu les blocs après l'arête Ferbos, et poursuis l'approche avec les chaussons. Avec le guide Ollivier (itinéraire 240a) et le livre de Pascal Ravier, il n'est pas trop difficile de repérer l'éperon qui s'élève dans la face.

Cyril profite des premiers rayons de soleil en regardant
le pic Long s'iluminer

9h30, 1ère grande longueur sur la droite du fil de l'éperon, dans de belles dalles (III), en tirant légèrement à gauche, relais sur friends.

2ème longueur identique plus courte, afin de rejoindre le fil de l'éperon (III+). Relais sur un bloc, sous un bastion surplombant.

3ème longueur, un pas acrobatique pour franchir une nervure, puis en tirant sur la droite pour ensuite remonter franchement de superbes dalles (2 pitons en place) avant de parvenir au passage clé de cette voie: une fissure horizontale en rateau de chèvre, très spectaculaire.

Mais juste dessous, j'ai plus beaucoup de matos, alors je place un coinceur béton au dessus du 2ème piton, et Cyril me redescend en moulinette. Je récupère quelques friends avant de remonter me frotter au passage. Encore quelques pas avant d'y parvenir (IV+), puis il faut se hisser (un pas de V-) au niveau de la fissure avant de l'empoigner. Et là, après y avoir coincé un friend n°3, il ne reste qu'à la traverser de gauche à droite, les mains agrippées sur le rebord, les pieds en adhérence sur la dalle au sommet de laquelle elle se trouve. Passage magnifique, bien gazeux, un peu d'adrénaline. Encore quelques pas (IV/IV+), et il faut revenir sur la gauche pour reprendre le fil de l'éperon. Relais sur sangle (blocs) sur terrasse 3 étoiles, au pied d'un ressaut recouvert de lichen noir.

4ème longueur : jusqu'ici, j'avais suivi à la lettre la voie originale du guide Ollivier, et pour sortir du ressaut de base, au lieu de contourner à gauche le bastion qui me domine (comme indiqué), je passe sur la droite. Un pas malcommode (V-) pour enjamber une nervure puis une petite traversée aérienne suivent, avant de remonter une courte cheminée légèrement déversante (IV+). Au dessus, de bons rochers (IV-) mènent à une zone facile. Relais en terrasse sur bec.

Cyril passe devant et nous avançons en tendu (à 60m!) pendant environ deux longueurs, entre rochers et pentes herbeuses, afin de récupérer la base d'une petite arête sur la droite qui s'élève jusqu'au sommet. Joli jardin supendu.

Après avoir lové un brin, je continue sur l'arête en corde tendue à 30 m, progressant sur un bon rocher agréable (II+). Parvenu sous le sommet, à hauteur du col qui sépare le Turon de la pointe Reboul-Vidal, je propose à Cyril de tirer à flanc sur la gauche pour aller gravir cette dernière. A peine ai-je quitté l'arête que je me retrouve dans un rocher pourri, je provoque l'éboulement de quelques blocs qui atterissent sur la corde. Suffit, je vais pas bouziller une corde par an (comme l'an dernier dans la face nord du pic Long). Je reprend le droit chemin de l'arête aussitôt et nous débouchons au sommet peu après, dans une bien belle ambiance (14h).

Nous sommes pleins d'admiration pour nos deux impénitents du pyrénéisme (qui eux ne laissaient pas leurs Super-guide au bas de la face) et bien content qu'ils aient découvert cette voie de toute beauté, sur un granit absolument irréprochable. Chapeau bas, encore une fois. En plus, ils avaient pas dû chaumer, parce que le guide Ollivier donne la voie en 1h30! Pascal Ravier, qui en propose une variante directe dans son guide Vallée d'Aure, morceaux choisis, indique quant à lui 3h, ce qui me semble plus juste. Nous on a mis 4h30, mais on prend beaucoup de photos, et je fume aux relais...

Tour d'horizon, repas, pendant quune cordée termine l'arête SO, puis descente par la voie en Z à partir du point le plus bas de la crête Turon-Trois Conseillers. Je la connais bien mais tout de même, avec les chaussons aux pieds dans les pentes de gispet et d'éboulis, je préfère garder la corde et demander à Cyril de me tenir au cas où. On descend ainsi rapidement en tendu à 30m par cette face jusqu'aux éboulis (itinéraire 225 du guide Ollivier) avant de regagner le matériel. Retrouvaille avec les chaussures, et retour à Cap-de-Long (17h) par les terrasses et le sentier habituel.

En conclusion : belle voie non équipée, certainement peu fréquentée, permettant de gagner de manière très élégante le sommet du Turon de Néouvielle. A recommander.

20-08-2009 ESTARAGNE

20 août 2009

Ascension au pic d'Estaragne
Avec Catherine Bujadoux, Jean-Louis Ladagnous et Gilles Deloison
Joli saxifrage paniculé

Vue sur le Campbieil

Avec Catherine, Gilles et Jean-Louis au sommet d'Estaragne

Pour la visite annuelle à Estaragne, Jean-Louis fait suivre la voie normale à Catherine et Gilles qui ne l'ont jamais gravit. Je farfouille dans la muraille de l'Alharisès, ou je trouve quelques beaux spécimens de saxifrages. A l'arrivée dans le pierrier sous le col d'Estaragne, ils filent tous trois sur la sente bien marquée sur la gauche. Quant à moi, histoire de changer d'itinéraire, je m'élève dans le pierrier jusqu'à mi hauteur du col. Ensuite, je gagne le point culminant de la crête entre le col et le pic, en empruntant au dessus des éboulis noirs un couloir évident s'élevant de droite à gauche dans la petite face qui domine. Mauvais rocher au début, puis meilleur quand la pente se redresse, je pose un peu les mains (II). Je débouche finalement sur le sommet de la crête, redescends légèrement (I+), avant de gagner le sommet(2h15) de l'Estaragne par la crête ou les autres me rejoignent bientôt. Nous ne sommes pas seul, le paysage est bien connu, personne ne veut poursuivre jusqu'au Campbieil, sniff.

Redescente hors sentier le plus possible, dans les pentes d'éboulis propices au ski d'été (1h20)...

17-08-2009 BRECHE DES CINTES BLANQUES

17 août 2009
A la brèche des Cintes-Blanques (vallon d'Estaragne)
avec Gilles Deloison et Antonin Nicol
(et Flavien, Gabin, Violaine, Delphine et Antonin jusqu'au plateau d'Estaragne)




Delphine et son petit Antonin
Gabin, 1ère sortie en montagne
Antonin, Gilles, Violaine, Flavien
Concilia-bule
Le guide Antonin avec sa suite.Gilles se mire au laquet de la brèche des Cintes-Blanques
Le muflier mou
Le célébre lycopode dréssé (sélagine)

Aujourd'hui, Antonin a fait le déplacement de sa vallée d'Ossau pour aller photographier une fougère d'altitude (mais oui mesdames et messieurs, une fougère!) très rare (inscrite sur la liste rouge des espèces protégées en France) qu'il dit savoir être localisée au pas de la Cau. Oui mais voilà, le pas de la Cau, il est sur l'arête Bugatet-Méchant, et la parcourir est encore le moyen le plus simple d'atteindre le pas. Antonin n'avait pas prévu cela, d'autant que je l'informe que l'arête ressemble par endroit à de l'équitation et qu'il vaut mieux prendre une corde.

Résultat, finalement, on monte dans le vallon d'Estaragne avec mon frère Flavien, Gabin son fils et Violaine, Gilles, Delphine et Antonin (leur fiston). Après le rempaillon sous le replat, on dépose les gamins, Flavien, Violaine et Delphine restent avec eux, et avec Gilles et Antonin on fille vers la brèche des Cintes-Blanques.

Antonin trouve quelques plantes, se met à photographier, cela commence à traîner. Je m'asseois avec Gilles, on l'attend, et quand il arrive, il fait un bond en me disant que j'ai les fesses à coté d'une plante qu'il cherche depuis dix ans. J'avais même pas vu, faut dire que vu la taille du spécimen, faut bien chercher pour le voir. Séance photo pour le lycopode dréssé (sélagine).

On continue, un peu de rocaille et nous parvenons au joli et minuscule laquet sous la brèche. Cette année, c'est une cuvette de neige parfaite, l'eau a fondu par dessus, et cela produit des reflets somptueux. Je positionne Gilles au bord, son reflet est tout bleuté, et je prends quelques clichés sur fond de Néouvielle en m'élevant un peu.

Finalement Antonin nous rejoint, on grimpe à la brèche, je trouve du génépi...et un aster des alpes. Personne ne veut aller à Lalastoude (dès fois que je les entraine jusqu'au Méchant), du coup on herborise tranquillement avec vue sur Piau. Mais la fameuse fougère, on la cherche toujours.

Les autres sont redescendus, on mange sous le laquet puis on repart à notre tour, et pendant qu'Antonin et Gilles redescendent dans le vallon, j'en profite pour rentrer par les terrasses d'éboulis du pic Méchant. Et coup de chance, je trouve un et un seul pied de muflier mou avant de regagner par des pentes boisées (pas de champignon, sniff) le parking.