28 octobre 2016 : Neige d'automne sur le Vignemale vu du Néouvielle


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lundi 31 août 2009

29-08-2009 POINTE JEAN SANTE (OSSAU) - COULOIR POMBIE-PEYREGET (Dinf)

Pointe et brèche Jean Santé, couloir Pombie-Peyreget
Pointes Jean Santé et d'Aragon
Matin brumeux
Cyril arrive à R2
Beau perchoir pour admirer le paysage
Moi aussi je fais la pause photo
Sous le grand suplomb du couloir
Cyril arrive à R4
A la sortie des vires déversées
Cyril dans L5 sous le grand bloc
La pointe d'Aragon
Au sommet Plein gaz sur Pombie
La Grande Raillère vue du sommet
Plaque commémorative et guides (Ollivier, Dupouey, Passages Pyrénéens)
Cyril dans la brèche Jean Santé
Rappel dans le couloir
En rappel au dessus des Vires


A LA POINTE JEAN SANTE
PAR LE COULOIR

POMBIE-PEYREGET

(Dinf)

Samedi 29 août 2009 avec Cyril Renailler

Au dessus de la muraille cuivrée de Pombie, la quatrième pointe de Jean-Pierre me faisait rêver depuis longtemps. Lieu de haute lutte avec les parois parmi les plus difficiles de l'Ossau et des Pyrénées, depuis plus de 80 ans, la pointe Jean Santé a opposé sur ses flancs, éperons, faces, gendarmes, aiguillettes et couloirs, de redoutables défenses aux plus grands pyrénéistes d'avant garde.

Jean Santé bien sûr, son premier vainqueur, Robert Ollivier, Marcel Cames, François Cazalet, Roger Mailly, Marcel Jolly, Joseph Simpson, André Brives, André Armengaud, Jean et Pierre Ravier, Marcel Bernos, Jacques Soubis, Hervé Butel, Jean-Louis Pérès, Louis Audoubert, Robert Mizrahi, Jean Oscaby, Raymond Despiau, Francis Tomas, Rainier Munsch, Dominique Julien, Bernard Prat, Michel Fabbro, Tony Bedel, Michel Boulang, Jean-Claude Coste, Serge Castéran, Jérôme Thinières, Rémi Thivel...pour ne citer qu'eux (et j'en oublie beaucoup...), chacun à leur manière et dans une progression d'ensemble pouvant parfaitement illustrer l'évolution du pyrénéisme de difficulté - tant estival qu'hivernal - sont venus écrire tour à tour une page dans l'histoire de la conquête de cette pointe. La muraille de Pombie, les splendides parois sud et sud-est, les couloirs Pombie-Suzon et Pombie-Peyreget ont fait de la pointe Jean Santé un des plus haut lieu du pyrénéisme de difficulté.

Cet hiver, lors d'une conversation avec mon ami agenais Silvio Trévisan, nous évoquons la sud-est de la Jean Santé. Je lui parle de Louis Franchéo qui participa le 30 août 1953 (avec M. Bernos, M. Cazenave et M. Jolly) à la 3ème ascension de la voie originale (TD V+) ouverte les 7 et 8 mai 1953 par A. Armengaud et Jean Ravier. Et Silvio, me disant qu'il est encore viviant et qu'il le connait, de me proposer de le rencontrer, Louis habitant au nord du Lot et Garonne, à une heure de route d'Agen. Rendez-vous fut pris, et c'est ainsi qu'à Pâques, avec Silvio, nous sommes allés rendre visite à Louis Franchéo.

Visiblement heureux que l'on vienne l'interroger et l'écouter sur une période de sa vie ou il fréquenta les plus grands pyrénéistes (et même alpinistes), l'homme, malgré ses 87 printemps, n'en garde pas moins une grande précision dans ses souvenirs. Et avec une verve certaine, l'après midi se déroulant dans ce coin de campagne à l'extrémité nord du département, nous avons écouté Louis Franchéo nous faire part du souvenir de ses escalades pyrénéennes ou alpines, en évoquant des figures connues : André Brives (son parrain d'escalade), Beroy (Marcel Jolly)... et les moyens d'époque de l'escalade artificielle (! no comment !).
S'interrompant un moment, Louis m'entraina dans son atelier (ou il réalise de magnifiques vitraux peints), et ouvrit une superbe boîte de sa fabrication, incrustée d'une multitude de cristaux translucides. Elle en renfermait d'autres, plus gros et bien plus beaux encore, d'une pureté absolue. Lorsque Louis me demanda si j'avais une idée d'ou ils provenaient, je lui répondit que je n'en savais rien. Alors, je lui ai laissé le plaisir de m'apprendre (je m'en doutais un peu quand même) que ces joyaux de verre étaient en fait du quartz, et qu'il les avait arraché -marteau aidant avec délicatesse - à la paroi lors de son parcours de la sud-est à la pointe Jean Santé. Raison de plus pour y aller...

Vendredi 28 août 2009, 21h30

Nous quittons les alentours du col du Pourtalet. Il fait nuit, et de plus un épais brouillard a envahit les lieux. La visibilité ne dépasse pas le faisceau de nos lampes. Qu'importe, nous partons sans inquiétude, traversons le torrent et trouvons le chemin connu montant en lacets au col du soum de Pombie. Ce faisant, nous croisons trois espagnols casqués, rentrant de la voie normale, qui nous informent qu'il faut trois heures pour relier le refuge. Mais bien sûr... Nos sacs bien fermés ne laissant rien deviner de nos intentions, on a Cyril et moi l'impression qu'ils nous prennent pour des neu-neu. M'enfin, 1h après avoir quitté le macadam, nous plantons rapidement et discrètement la tente sur l'aire de bivouac proche du refuge, puis nous endormons le plus vite possible.

Samedi 29 août 2009, 7h30

Dring, à 8h15, après avoir salué Karine au refuge, nous quittons les vertes pelouses pour remonter la Grande Raillère. A 9h, nous sommes au pied de la voie des Vires. En nous harnachant, je me rends compte que les dégaines sont restées dans le coffre. Tant pis, on fera sans. 9h40, nous commençons à monter sur la première vire, et parvenu sur la terrasse herbeuse, sous le couloir Pombie-Peyreget (souvent utilisé comme itinéraire de descente de la pointe en rappel), je consulte mon guide Ollivier. Je voulais au départ gagner la Jean Santé par la voie des Vires, puis la pointe d'Aragon par le couloir Sanchette avant de suivre l'arête jusqu'au sommet. Mais là, changement de programme, je décide Cyril à me suivre pour gravir le couloir Pombie-Peyreget (itinéraire 214 du guide Ollivier Aspe-Ossau, ou 79 du guide Dupouey).
Quittant les Vires, nous franchissons (L1) sur la gauche un court ressaut (III+) et suivons une banquette herbeuse incliné allant en se redressant jusqu'à la base du couloir (II). Guide Ollivier en main, je pense suivre l'itinéraire indiqué. Je m'engage aussitôt plein axe, dans une cheminée rébarbative, dans laquelle je bataille ferme. Au bout d'un (long) moment, Cyril me suggère d'ouvrir le guide. Après consultation, redescente. 1h de perdue. Je m'élève alors plus sur la droite dans une fissure, avant de surmonter un dièdre court mais déversant (1 piton en place à sa base) en posant friends et coinceurs (IV). Au dessus, une autre fissure fait suite, je l'escalade (III+) avant de rejoindre une dalle déversée sur le vide. Je la traverse sur la droite (II, 1 piton en place) sur une dizaine de mètres avant de remonter légèrement (R2). Cyril ne tarde pas à suivre. Au delà, par un cheminement plus facile (III), en contournant sur la gauche un bloc monumental, nous reprenons pied dans le couloir (L3).

L'endroit est austère, dominé par un surplomb impressionnant. Relais sur la gauche du couloir (R3). Je le traverse avant de m'élèver sur un court mur vertical (IV). Il donne accès à une petite vire déversée, surplombée par des blocs. La progression n'est pas difficile, mais exposée. Protection sur friends. Je suis la vire, franchit une nervure qui me permet de gagner une seconde vire. Un peu plus large, je la remonte (un piton en place), puis rejoint une terrasse d'éboulis sur laquelle j'installe le relais (R4). D'ici, la vue est des plus impressionnante sur les parois de la pointe qui plongent directement sur la Grande Raillère.
Cyril passe devant (III) et s'élève sur la gauche jusqu'au pied d'un grand bloc. Malgré le guide, il ne sait pas trop ou aller. Je l'y rejoint (R5). Après consultation détaillée, je continue toujours sur la gauche et arrive au pied d'une fissure dominée par une lame rocheuse (1 piton à la base). Je surmonte tant bien que mal cette fissure suivie d'un dièdre (IV malcommode), mon plus gros friend (le n°3) y nageant royalement (faudrait peut être s'équiper d'un n°4). Au dessus, quelques blocs faciles suivent, j'installe un relais sur sangle (R6). Quand Cyril me rejoint, je regagne sans difficulté le fond du couloir (II). Relais sur bloc à nouveau (juste au dessous, il y a un des relais équipé pour redescendre en rappel). La brèche Jean Santé est en vue, Cyril la gagne par une pente d'herbe et de rocaille (II).

En y parvenant, c'est une vue saisissante qui s'offre soudainement à nous sur les abîmes du couloir Pombie-Suzon. En corde tendue, nous finissons l'ascension (II) de la pointe Jean Santé.

Et c'est avec une joie teintée d'une émotion bien particulière que nous parvenons au sommet de cette dernière.

Près du cairn sommital, je découvre la plaque déposée par le GPHM à la mémoire de Jean Santé, qui fût le premier à en fouler la cime le 4 septembre 1927. Il utilisa pour y parvenir, aidé par Charles Fraisse et Roger Cazabonne, un rappel depuis le sommet de la pointe d'Aragon. La plaque commémorative, bien que fendue en deux, délivre toujours son message de souvenir :

A

JEAN SANTE
MORT AU CHAMP

D'HONNEUR

LE 25 JUIN 1940

LE GROUPE

PYRENEISTE DE

HAUTE MONTAGNE

Repas, séance photo (le guide Ollivier avec le Dupouey et Passages Pyrénéens - rien que ça, dès fois qu'on aurait eu du mal à trouver le sommet - à coté de la plaque, composition d'altitude), tandis qu'à l'aplomb du sommet, des cordées sortent des voies sud-est. L'impression produite, avec les éboulis concentriques de la Grande Raillère, les paturages, le lac et le refuge de Pombie, est des plus spectaculaire. En toile de fonds, les grands sommets pyrénéens (Telara, Enfer, Frondella, Balaïtous, Fache, Vignemale, Pallas...) complétent la vue et lui donnent une dimension de tout premier ordre (comme quoi il n'y a pas qu'à 3000m que...).

Au sommet, brillant sous le soleil, je trouve beaucoup de petit blocs renfermant des cristaux, et je ne peux m'empêcher d'en glisser quelques uns au fond du sac. Même s'ils sont bien moins purs que ceux que m'a montré Louis Franchéo, ils feront toujours un heureux souvenir.
15h30, même si la journée est magnifique, c'est un peu tard pour rejoindre la pointe d'Aragon puis le grand pic. A regret, nous quittons cette pointe pour revenir à la brèche Jean Santé.

Nous redescendons le haut du couloir Pombie-Peyreget avant d'entamer la descente intégrale de ce dernier par une série de grands rappels (tous les relais sont équipés).

Retour sur les vires puis au pied de la paroi avant de redescendre les blocs et éboulis de la raillère. 21h30, à la nuit tombante, nous repassons au refuge avant d'aller préparer la popote et de se coucher.
Demain sera un autre jour...
celui du Petit Pic (à suivre...).

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